God is gay !

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J’ai photographié ce graffiti vu près de chez moi car il me parait symptomatique de l’offensive idéologique actuellement adressée à la jeunesse. Il se trouve à deux pas du lycée, il est l’œuvre vraisemblablement de lycéens et témoigne admirablement d’une triple voire quadruple aliénation.                                                                                                                                                                                                                        1) il est rédigé en anglais, comme le « rape me » qu’on voit à côté, bien que ce qu’il dit pourrait tout aussi bien  s’exprimer en français. Seulement la pression de la langue de l’empire est telle que ceux qui y recourent ont l’illusion de faire la nique à cette chose désuète et vulgaire que serait le français. Malheureusement  en utilisant cette langue du commerce et de la publicité, ce qu’ils bafouent c’est leur culture, c’est l’instrument de leur liberté et de leur indépendance. J’avais déjà dénoncé ce réflexe servile sous le masque de la rébellion dans les articles consacrés aux fresques murales vues à Redon, j’y renvoie le lecteur.

Ce graffiti témoigne aussi d’un goût pour l’imitation. Il répète un slogan ou les paroles d’une chanson du groupe Punk Nirvana. Il aurait valu au chanteur du groupe, alors adolescent, quelques ennuis avec la police de sa ville parce qu’il en couvrait les murs. Ce chanteur, Kurt Cobain, est moins connu pour son talent que pour son penchant pour l’autodestruction qui l’a finalement conduit au suicide (en 1994). Longtemps après sa mort il semble encore fasciner de nombreux jeunes en proie à des idées morbides et au mépris de soi. La même tendance pouvait en effet se voir dans les fresques que j’ai photographiées à Redon et n’est sans doute pas qu’une posture mais semble la marque d’un profond désarroi. Ce que manifeste ce slogan est réitéré et même hurlé par le tag « rape me » c’est-à-dire « violez-moi » qu’on peut craindre n’être pas du tout une plaisanterie mais l’expression d’un sentiment d’indignité masochiste comparable à celle du pêcheur face à son dieu.

 2) En effet, le graffiti « god is gay » témoigne  clairement de l’offensive du religieux. Il ne dit pas que l’homosexualité est une chose naturelle tout autant que l’hétérosexualité, qu’elle est normale pour autant qu’il y ait lieu ici d’invoquer une norme c’est-à-dire la conformité à un principe ou un idéal. L’affirmation que dieu est homosexuel réussit à bafouer  la conception traditionnelle de la religion tout en se pliant à ce qui en fait le fond : la projection dans un au-delà, sur un sujet transcendant de ce qui devrait être l’attribut de la personne humaine : sa capacité à choisir librement sa vie, à déployer toutes ses potentialités. Cela n’atteint pas plus son but que la transgression de celui qui met sa casquette à l’envers, c’est encore une fois une fausse rébellion ! La religion la plus traditionnelle fait bien plus fort. Son dieu n’y apparait que flanqué d’un double inversé : le diable. Il n’y a pas pour elle de dieu sans démon (1). Elle le maintient en dépit de tout comme le montre la présence dans chaque évêché d’un prêtre exorciste. Elle n’a pas attendu Nietzsche pour oser la transvaluation de toutes ses valeurs. Elle en fait même le piment de ce qui agite la vie intérieure du croyant. Sans enfer et sans diable, pourquoi prierait-il ? de quoi voudrait-il être sauvé ? Il vivrait dans une douce quiétude ! (voir le commentaire ajouté à l’article « religion et sport de combat« )

3) Enfin, pourquoi cette promotion de l’homosexualité ? C’est ici qu’est le plus remarquable dans cette offensive idéologique. Si l’homosexualité est naturelle, si elle n’est rien d’autre que l’acceptation d’un penchant, pourquoi vouloir la présenter comme une transgression ? L’homosexuel n’est pas plus ni moins émancipé qu’un autre et dans les sociétés avancées ses droits, quoi qu’il en dise, ne sont pas plus contestés que ceux du fumeur (peut-être moins d’ailleurs parfois). J’ai dit longuement tout ce que je pensais de tout cela et de ses présupposés idéologiques dans mes articles consacrés au « genre ». Particulièrement ceux qui vont de mai à juin 2014. J’y renvoie le lecteur.

Non, il ne s’agit pas de défendre les droits d’une minorité discriminée mais de tout autre chose. Il s’agit d’égarer la jeunesse !

A quoi sert désorienter la jeunesse  ? Pourquoi en rajouter dans l’anarchie ambiante ? — Mais c’est simple : il faut occuper la jeunesse, l’inviter à user ses forces, les dévier, l’opposer aux autres classes d’âge, en faire une cible commerciale et publicitaire particulière. Il s’agit, plus généralement, d’utiliser les questions sociétales pour diviser les peuples et dissocier couches moyennes urbaines et couches populaires. Voilà des décennies que de multiples efforts sont faits dans le monde entier pour cela, avec toujours plus d’insistance.

En France, dans les années 60 après la guerre d’Algérie, la jeunesse bouillonnait. On lui propose le yéyé : Cloclo, Sheyla et Johny (décrété idole des jeunes !). On contribuait ainsi à l’écrasement de la culture populaire pour faire place aux produits venus des usa dans le sillage du plan Marshall. Dans le même temps on proposait à la jeunesse une libération de pacotille : dans la tenue vestimentaire, la coiffure, le vocabulaire, la façon de danser…. bref là où elle n’avait nul besoin !

Après mai 68, il faut faire plus fort : on ouvre en grand les vannes de la drogue. Droguez-vous, partez élever des chèvres ou soyez révolutionnaires. Quelle merveille que ces jeunes révolutionnaires qui luttent contre les stalinos/collabos et autres révisionnistes ou bureaucrates. Le modèle c’est Che Guevara. Il a eu la bonne idée de vouloir créer deux ou trois Vietnam pendant que la totalité des communistes dans le monde se battaient pour la paix ! S’il avait réussi, il aurait permis le sursaut patriotique des USA mais il est mort juste à temps pour être canonisé. Et ces gauchistes sont tellement intelligents ! (Ils l’ont d’ailleurs prouvé comme le montre mon article du 12 novembre 2015 « la voie de passage du gauchisme au néo-conservatisme »). C’est beau aussi ces jeunes qui partent pour Katmandou comme leur en ont donné l’exemple les Beatles et les autres chanteurs à la mode. La drogue, c’est la créativité. Aujourd’hui on en est à parler de légalisation, on a créé un fléau, eh bien ! on va en faire une source de profits !

Et tout cela continue de plus belle car la crise du capitalisme exige un redoublement des efforts !  Seul le thème principal a changé. Il vient s’ajouter aux autres. On lutte à présent pour les droits des homosexuels, victimes de l’hétérosexualité obligatoire et du phallocentrisme. Il faut que la jeunesse s’investisse dans cette lutte d’une importance primordiale. Autrement, elle pourrait bien se préoccuper de ses conditions d’étude, de son accès au logement et à l’emploi etc. Et cela réussit au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer : il n’existe quasiment plus d’organisations de jeunesse capables de se faire entendre. Ainsi, j’ai vu il y a quelque temps que les fenêtres de ce qui était auparavant le local de l’UNEF à Nanterre sont aujourd’hui celles d’un local utilisé par une association LGBT ! Le genre est aussi la grande affaire de sciences po et à Paris 8 (voir mon article « Mœurs attaque« ). Le féminisme est mort quand il regarde en dessous du nombril, quand il se réduit, comme je le voyais récemment, à la promotion de la masturbation ! ( et va même jusqu’à démarcher pour l’industrie du sexe en vantant et en proposant des sextoys !  voir ici). A ses débuts outil d’émancipation (2), le féminisme s’est transformé en instrument de division (3).

Ces associations LGBT croient lutter contre les idées les plus rétrogrades. Elles ne font que diffuser une idéologie de division venue USA (d’où l’usage du globish !). Ceux de « la manif pour tous » leurs donnent efficacement la réplique en restant dans le même cadre mental : normes contre normes (variantes du classique dieu contre diable). Mais la vision réductrice de la société est la même :  réduction à l’individu, ses affiliations à la famille ou la communauté, leur « culture ». Le genre efface la classe. Sauf que la lutte des genres ne menace pas le capital. C’est une lutte sans fin et qui introduit la division là on aurait tant besoin d’unité  !  (4)

1 – c’est une chose singulière à méditer :  ce qui ruine les religions ce n’est la perte de la croyance en dieu mais la perte, beaucoup plus fréquente, de la croyance au diable. Beaucoup croient en dieu ou du moins n’en sont pas encore à ne pas croire mais refusent de croire au diable. Cette croyance-là leur parait ridicule. Leur croyance en dieu sera tiède, tranquille et comme de confort. Ils pratiqueront peu et sans zèle et ne seront jamais des radicaux.

Les programmes de déradicalisation devraient porter là-dessus : rendre ridicule la croyance au diable : car qui sera pressé de rejoindre le paradis s’il ne craint pas d’échouer en enfer. Ce qu’on est assuré de recevoir pourquoi voudrait-on  souffrir pour l’avoir ! Les jihadistes suicidaires sont souvent d’anciens voyous: ils veulent troquer leur billet pour l’enfer (qu’ils pensent mériter !) contre un billet pour le paradis !

2 – lire : Les féministes de la CGT Histoire du magazine Antoinette (1955-1989) Paris, Editions Delga 2011

3 – il remarquable que les vastes manifestations, qui ont fait suite aux USA à l’élection de Trump et visaient essentiellement son sexisme, ne trouvent aucun équivalent pour dénoncer l’industrie du sexe qui est une plus des plus ignobles et des plus florissantes !

4 – la seule voie pour en finir avec la domination mondiale du capital (dite « mondialisation ») est d’unir les couches populaires et leur élite les ingénieurs, techniciens et couches moyennes travaillant des les secteurs de pointe. Voir la série de mes articles intitulés « qu’est-ce que la mondialisation ?« 

 

 

 

 

 

 

 

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Fresques murales à Trier (Trêves)

Je n’ai rien contre les graffeurs quand leurs œuvres ont une véritable valeur esthétique. Seulement, ils sont le plus souvent l’image même des transgresseurs naïfs. Ils violent la loi, mais pour quoi faire ?

Le plus souvent c’est pour reproduire servilement les mêmes dessins dépourvus de sens, les mêmes formes brisées qu’on trouve dans toutes les villes du monde. Ils signent leurs productions de noms à consonance anglo-saxonne, plus anonymes que l’anonymat même. Je l’ai dit à propos de ce que j’avais vu à Redon : cette abolition de tout sens, le goût pour la violence et le morbide qui l’accompagne, me semblent la marque d’esprits résignés au déclin et à la soumission. Mais cette soumission n’est pas assumée. Elle est si profonde qu’elle n’est même plus consciente, qu’elle se prend même pour de la révolte et un refus confus du « système » ! Le premier symptôme de cette soumission est une incapacité à concevoir l’avenir autrement qu’en y projetant ses cauchemars. Le second symptôme c’est l’incapacité à se donner une identité et la fermeture aux autres qui l’accompagne. L’exemple de cela parait dans le thème du borgne et la problématique du métissage tel qu’on pouvait le comprendre des dernières productions vues à Redon.

Cependant, ce que j’ai vu à Trier tranche avec cela. Les graffeurs de Trier sont des artistes, non seulement par la grande qualité esthétique de leur travail, mais surtout en ce qu’ils ont compris qu’une œuvre  d’art ne peut jamais être une pure et simple reproduction, qu’elle doit laisser de côté ce qui serait extérieur ou indifférent à l’expression du contenu, qu’elle doit plutôt composer l’œuvre en y faisant se rejoindre des réalités diverses concourant à un même sens. Tout cela sans tomber dans l’excès inverse et n’être plus que simple représentation allégorique ou à visée didactique ou propagandiste. Il doit toujours y avoir dans une œuvre d’art tout à la fois une incomplétude et un excès de sens du message. Il doit être laissé à l’interprétation une part d’obscurité ou d’énigme. 

Les œuvres présentées à Trier réussissent très imparfaitement cette difficile conciliation. Certaines sont à la limite du didactique. En particulier celle-ci :

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     Il s’agit de dénoncer les « idéologies » comme porteuses de mort. Un squelette personnifiant la mort tend un biscuit à la façon des « petits Lu » sur lequel est écrit « idéology ». Des bombes tombent sur une terre dévastée. Elles sont marquées de sigles comme une croix chrétienne, le symbole du dollar et celui de l’euro. En bas, sont des pierres tombales. Sur l’une figure un livre symbolisant la culture. Une autre est décorée de la balance représentant la justice et sur une troisième est gravé un cœur qui représente l’amour ou la fraternité. Les autres portent des noms qu’on suppose être ceux des auteurs de l’œuvre (qui pour une fois ne seraient pas anonymes).

Le message est lourdement asséné donc et il n’en est que plus contestable. D’abord le dollar et l’euro ne sont pas seulement des complexes d’idées mais sont des puissances bien réelles. Quant au christianisme il ne peut se réduire non plus à une idéologie. Il est très divers et surtout, si l’on pense aux Églises catholique et orthodoxe, il faut rappeler que ce sont les institutions les plus anciennes au monde. Elles ont survécu à la fin de l’empire romain et la chute de Constantinople. Ce sont des forces bien réelles. L’Église catholique en particulier est représentée dans quasiment toutes les institutions internationales. Elle n’a pas de divisions selon une boutade célèbre attribuée à Staline mais elle n’en est pas moins une force considérable.

Bref, cette dénonciation des « idéologies » est un peu courte. Elle ignore que toute forme de société, toute organisation institutionnelle, s’accompagne de production d’idées et de représentations. Surtout, elle ne voit pas, (et c’est un grand tort !), que l’idéologie la plus naïve est celle qui s’ignore : c’est celle même des auteurs !

Le refus des idéologies verse en général dans l’idéologie individualiste dans sa forme la plus navrante. C’est la très actuelle tendance au « cocooning » et son cortège de sentimentalisme béat.

Deux œuvres illustrent parfaitement cette tendance. Elles nous présentent les rêves roses et bleus et deux jeunes femmes. Voici la première :

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On voit donc une jeune femme rêveuse. Elle porte sur l’épaule la chouette, l’oiseau devin qui voit l’avenir. Cet avenir n’a pas encore de forme mais il a la couleur du bleu et de l’espoir, la couleur des rêves sentimentaux (ces rêves sont bien sentimentaux, comme le confirme une discrète mention écrite : mantra love). Seulement, le doute plane sur cet avenir. C’est ce que dit une seconde œuvre que voici :

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 Les rêves ne sont plus bleus cette fois mais roses ou rouges. La jeune femme n’est plus rêveuse mais semble alarmée. Elle a un geste de défense.  L’avenir est plus incertain. Il est menacé. Cela parait dans quelques détails.

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L’aigle, l’oiseau de proie vole vers les oiseaux de paradis. Il a remplacé le hiboux, l’oiseau devin.

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Les tatouages sur le bras de la jeune femme montrent un monde disparu : des squelettes de dinosaures. Le monde est menacé et l’avenir sombre. C’est le thème du déclin qui revient après la condamnation des « idéologies » et la prise de conscience de l’inanité du rêve sentimental qui devait les remplacer.

La dernière œuvre est alors la plus lucide. Sa signature le dit : elle est signée « les caliméros ».

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Il n’aurait guère été possible d’en dire grand chose sans cette signature. Elle représente, on suppose, un œil qui perce derrière l’habituel graphisme dépourvu de sens ou au sens aboli. C’est l’idéologie pessimiste et soumise qui revient en force après l’échec du rêve sentimental. C’est toujours la même vision sombre et incapable de projets (à cette différence près que les auteurs sont conscients de leur nihilisme. Ils le revendiquent comme une marque de lucidité). Hélas !! Hélas !!

Fresques murales à Redon (3)

De nouveau de passage à Redon, j’ai constaté que les fresques murales, qui ornent les murs de la friche industrielle sur le quai Jean Bart, avaient été partiellement renouvelées. Elles le sont d’ailleurs dans deux sens : d’abord parce que d’anciennes fresques ont été recouvertes, puis parce que les motifs ont changés. Les nouvelles fresques sont des portraits – ce qui me parait particulièrement intéressant. Réussir un portrait sur une surface verticale avec les bombes à peinture exige  certainement un vrai talent. Mais plus fondamentalement le portrait, qu’il soit d’une personnalité connue, d’un inconnu ou qu’il soit imaginaire, révèle plus que tout autre motif la relation de son auteur à la fois aux autres et à lui-même.

De ce point de vue, les portraits faits à Redon sont remarquables. J’y vois deux thèmes dominants : celui du métissage et celui du borgne. J’avais déjà remarqué lors de mon dernier passage que les artistes avaient une prédilection pour les sujets borgnes. Cela se confirme et ne peut manquer d’interroger. Le borgne est celui qui ne voit que d’un oeil, celui à qui toute une partie du monde échappe. Il semble bien que ce que ne voient pas ces borgnes c’est la beauté du monde. Ceux-là ne semblent voir que la noirceur et au moins un commentaire semble le confirmer.SAMSUNG DIGITAL CAMERAOn a là une espèce de Christ borgne, dont l’œil droit est mort et dont l’œil gauche, d’un bleu délavé, dit la lassitude désabusée. Pour ce Christ, il n’y a rien dans le monde à sauver. La beauté elle-même ne mérite que l’injure. Dans la tradition chrétienne, ce sont les bourreaux qui injurient le Christ, ici c’est le Christ qui renie un monde où même le beau ne mérite qu’injure.SAMSUNG DIGITAL CAMERASemble-t-il du même auteur nous avons ce visage, non pas exactement borgne mais dont un seul œil est vivant : c’est celui d’une jeune femme qu’on imagine belle, heureuse et vaillante, mais dont tout le reste du visage et sans doute du corps est recouvert d’une lèpre noire. L’œil droit, noir et hagard, dit la stupeur et l’horreur. C’est un œil de zombie métis qui ne voit rien.SAMSUNG DIGITAL CAMERA  Celui-ci n’a même pas l’œil clair de la jeune femme qui fait face à la vie. C’est bien un œil de femme mais au regard dur, celui d’une femme qui est dans le rejet du monde et des autres. Une nouvelle fois, comme je l’avais remarqué, il s’agit d’une métisse. Je ne saurais dire comment il faut comprendre cela. Est-ce que le métissage produirait des êtres en révolte à qui le monde est odieux ?

SAMSUNG DIGITAL CAMERA Voilà encore une métisse. Son attitude, (elle allume une cigarette ou un joint ?), la détourne du monde. Elle a des traits qui expriment une dureté et peut-être une violence peu contenue.

SAMSUNG DIGITAL CAMERACelui-ci exprime en clair le regret dont ne sait quel passé. Il semble que ceux qui ont fait ces portraits ne puissent pas se projeter dans un avenir. Il y a ici sous-jacent le thème de la régression qui dominait dans le premières fresques que j’ai commentées dans mon premier article.

SAMSUNG DIGITAL CAMERA Ce dernier portrait confirme ce refus du monde et cette fuite devant l’avenir. Nous avons ici un aveugle dont l’espèce d’auréole fait penser à un de ces moines bouddhistes dont toute l’ambition est d’arriver au néant.

Que dire face à cela ? Sinon recommander, comme dans mon précédent article, face à ce monde, l’attitude du pratiquant des sports combat : les yeux portés en avant, le regard clair et assuré, l’attitude de force et de confiance. Secouez-vous donc les artistes de Redon !!

Fresques murales à Redon (2)

En repassant par Redon récemment, j’ai eu la surprise de constater que les fresques murales que j’avais critiquées dans mon article du 22 mai avaient été recouvertes. Mais je ne crie pas victoire car je sais n’y être pour rien d’autant que les nouvelles peintures, même si elles sont moins nettement régressives et violentes, sont encore nettement marquées par une vision irrationaliste et mortifère du monde.

 

Sur un fond noir évoquant les espaces infinis et glacés qui effrayaient Pascal, un chaos de signes forme des groupes hostiles qui s’affrontent. Au sommet, là où pouvait se voir le symbole religieux du triangle et de l’œil divin, c’est une sorte de capsule spatiale qui contemple un monde voué à la violence destructrice. L’emploi de couleurs claires atténue l’effet mais certaines formes blanches évoquent des fantômes. La destruction veut se croire une fête.

 

La mort se fait séductrice. Elle invite au néant. Comment comprendre cela dans un moment où la guerre nous encercle de toutes parts et de toujours plus près. Elle est à nos portes à Gaza et en Ukraine. Nous sommes invités à l’admirer sous la forme du « sacrifice » des poilus par les commémorations de la « grande guerre ».

 

Dans cette autre peinture, l’impression est celle d’une architecture détruite. On croit voir une citadelle éclatée, des pierres disjointes emportées toutes ensemble dans une sorte de panique. Encore une fois les couleurs vives contrastent avec le dessin.

Là c’est un duel, une charge meurtrière qui est représentée. Des mots ou plutôt un fatras de signes qui furent alphabétiques se jettent l’un sur l’autre. L’idée même de sens semble abolie. Il ne s’agit ni de dire, ni d’exprimer mais d’exulter au spectacle de la destruction. C’est tantôt une sorte de pingouin ennemi de Batman, tantôt la mort mécanisée qui préside à la lutte sans merci de l’insensé contre le délirant. Toute raison a disparu dans la joie malsaine de détruire.

 

C’est sous la forme d’un sinistre pitre que la mort et la folie triomphent.

 

Là où l’image a un sens clair, c’est pour représenter notre avenir sous la forme du ricanement de la mort. Rien de positif ne parait pouvoir s’envisager. Dans ce monde, c’est le pire qui parait certain !

Il restait des anciennes peintures, une jolie fresque représentant un oiseau mouche volant au-dessus d’une fleur. Un mot qui semble être « fame » l’a piétinée. Un oiseau (à droite) est pris dans le mot et broyé par ses formes tranchantes.

Je remarque l’usage exclusif de l’anglais (ou plutôt de quelques mots anglais) comme on peut le constater aussi dans nos banlieues. C’est la marque de la soumission aux idées dominantes et souvent même de la servilité : on copie ce qui se fait dans les villes américaines. La graphie est la même, les thèmes et surtout ces signatures qui masquent leurs auteurs au lieu de les faire connaitre se retrouvent partout. On lit « mother crew ». Il s’agit parait-il d’un collectif. Je doute qu’il soit composé d’anglophones. Il est juste composé de quelques personnes dont je ne nie pas le talent mais qui me paraissent manquer de créativité et d’originalité. Sans doute n’ont-elles pas pleinement conscience du contenu du message qu’elles répètent et qui correspond à ce qu’on leur a vanté comme art de la rue.

Je ne constate donc aucune véritable amélioration du contenu des fresques, juste une atténuation de leur aspect par l’emploi de couleurs claires. J’en appelle par conséquent aux habitants de Redon : est-ce là votre vision du monde ? Est-ce comme cela que vous voyez l’avenir ? Est-ce un tel avenir qui vous tente ? Pourquoi ne demandez-vous pas aux artistes à qui vous confiez vos murs d’exprimer vos désirs de bonheur et d’émancipation, vos protestations contre la dévastation des paysages, des environnements, contre la violence et la régression.

 

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J’ajoute cette image aujourd’hui 20 septembre. Cette fresque daterait de 2003. Elle est d’un des auteurs des dernières apparues (signée « la rouille »). Je remarque que, comme les plus récentes, elle est accompagnée d’un texte en anglais. Ce qui a toujours le don de m’agacer. Pourquoi s’exprimer en anglais quand on est francophone et qu’on s’adresse à un public presque exclusivement francophone ? J’y vois la marque d’une servilité devant la « culture de la rue américaine », la manifestation d’un suivisme qui s’incline devant tout ce qui vient de « l’empire ».

Quant au contenu, il est on ne peut plus clair : il exprime le mépris de soi. Une femme, sa maîtresse, invective « la rouille » pour lui dire combien il est indigne d’être aimé, quel dégoût il inspire et combien elle se dégoûte elle-même de son attachement à lui (parler d’amour parait peu approprié). L’image suivante est un auto-portrait du dit « la rouille ». Le voici :

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On voit là un homme négligé, presque halluciné, qui manifeste son addiction au tabac et le peu d’estime qu’il se voue. Ce qui m’a frappé, c’est son regard. Celui d’un homme horrifié mais surtout borgne. Ce « la rouille » ne voit les choses que d’un œil : celui qui voit la noirceur, la décadence, la ruine d’un monde et que ce spectacle laisse impuissant, replié sans doute sur la recherche de quelques paradis artificiels. Peut-être même cet œil se complait-il au spectacle de l’horreur.

Ne voir les choses que d’un œil, c’est faire l’aveu de son insuffisance ! L’œil qui manque est le gauche, c’est symptomatique et bien en phase avec cette résignation, ce mépris de soi et cette allégeance servile à « l’empire ».

Ce thème du borgne se retrouve sur une autre fresque que voici :

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L’auteur est sans doute un autre artiste que « la rouille » car le style est complétement différent. On voit à gauche deux personnages. Le plus à gauche symbolise l’homme des addictions : au tabac, au téléphone portable. L’autre semble représenter les tenants du « principe de précaution ». Il veut arracher sa cigarette au premier (lequel répond par l’insulte). Mais que tient dans sa main le tenant d’une vie saine ? Une pilule. Il représente donc une autre forme d’auto-empoisonnement : celui par la médecine.

Les deux personnages sont borgnes : chacun ne voit les choses que d’un œil : pour le premier, c’est le droit, pour l’autre, c’est le gauche. L’auteur se tient donc hors de l’affaire, il renvoie les deux belligérants à leur vision tronquée. A droite, une sorte de vers sort d’un cadre. Peut-être représente-t-il la maladie qui est seule à triompher d’une lutte de borgnes.

Si mon interprétation est correcte, cette fresque me parait donc intéressante.

Fresques murales à Redon

La ville de Redon a demandé à des artistes graffeurs de décorer les murs d’anciens bâtiments industriels. Le but était sans doute d’éviter que des « amateurs » les souillent avec des graffitis hideux. Le pire a été évité, mais ne serait-ce pas au risque d’un autre pire ?

Une dame de la ville, qui les trouvait belles, m’a dit que le thème proposé était : « le singe et l’homme ». Je lui faisais remarquer que le passage du singe à l’homme était une évolution, alors que les fresques, dont je reconnais la qualité artistique, donnent l’image d’une régression – tout l’inverse donc.

L’image est celle de la violence destructrice, de la fureur, du carnage et de l’extermination. L’inverse d’un progrès, la vision la plus noire qu’on puisse avoir de l’avenir. Je ne parlerais pas de bestialité car ce serait faire injure aux bêtes.

Nous sommes face à un chaos, un monde qui a perdu tout sens : on voit quelque chose comme les lettres d’un mot qui se seraient jetées les unes contre les autres en une mêlée furieuse. C’est l’image d’un langage qui refuse tout sens.

Ce langage répand la mort sous la forme des cafards qui sortent de la bouche d’un monstre écumant de rage, il se répand sur des restes de signes en décomposition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vision est nettement technophobe. Non pas réactionnaire, ce qui supposerait la nostalgie d’un passé bienheureux. Elle est plutôt obscurantiste et fasciste. Mais il est probable que les artistes eux-mêmes ne voyaient pas ce que leurs œuvres véhiculaient.

Emportés par une imagination phobique, ils représentent une nature cauchemardesque et destructrice. Inutile de demander à la mairie de faire disparaitre ces horreurs, ne sont-elles pas la face cachée de son orientation idéologique ?