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Cinquante nuances de Grey

image 1Faisons d’abord un petit détour par l’économie : selon certaines estimations, l’industrie pornographique représenterait aujourd’hui dans le monde un chiffre d’affaires supérieur à 100 milliards de dollars, comparable à celui de l’industrie de l’armement. C’est une industrie en croissance exponentielle grâce au développement d’internet. On peut lire qu’elle ne représentait en 2006 que 57 milliards de dollars (dont 20% était généré aux USA). Elle aurait quasiment doublé en moins d’une dizaine d’années. Chaque seconde, il serait dépensé 3075 dollars en produits ou services pornographiques. A cela s’ajoute tous les produits d’appel gratuits dont l’objet est de provoquer l’addiction, de préférence dès le plus jeune âge.

Cette industrie exploite une main-d’œuvre essentiellement féminine. Il est inutile que je précise la forme et les modalités de cette exploitation. L’identification des bénéficiaires est plus difficile. Je présume (mais sans la moindre preuve) que la parité est y inversée : les bénéficiaires seraient plutôt de sexe masculin. Pour être plus informé il faudrait se rendre au salon professionnel qui se tient tous les ans au parc des expositions de Villepinte. Je reconnais que je ne l’ai pas fait ; cela pourra m’être reproché.

Cette industrie se nourrit du conformisme pseudo-libertaire ambiant. Elle le cultive en diffusant très largement des produits « softs » ou en envahissant la publicité qui lui permet de viser des publics de plus en plus jeunes. Elle est mise en valeur aussi par quelques « artistes contemporains » dont elle fait le renom et dont elle se sert pour s’immiscer dans les têtes les plus réfractaires. Les parisiens ici penseront tout de suite à l’inénarrable Mac Carthy ou à ce hâbleur de Jeff Koons. Il y en a une quantité d’autres que les connaisseurs pourront citer. Nous avons eu aussi, il faut le rappeler, une exposition Sade (lequel est un classique, depuis sa résurrection voilà plus de cent ans).

Seulement, l’industrie pornographique rencontre le même problème que l’industrie du tabac il y a de cela un siècle : sa clientèle est essentiellement masculine. Il y aurait tout de même 28% de femmes qui seraient des consommatrices régulières de produits pornographiques. Mais un bon industriel voit d’abord la « marge de progression ». Comment gagner cette clientèle ?

Le coup de génie de l’industrie du tabac est dans toutes les mémoires. Et il intéresse à double titre l’industrie pornographique car elle y a été mêlée alors même qu’elle était encore en nourrice. Cela a consisté à organiser une parade dans les rues de New-York le 31 mars 1929. Le public vit ainsi une cohorte de jeunes mannequins allumant des  » torches of freedom  » c’est-à-dire fumant de longues cigarettes avec les attitudes clairement fellatoires. La cigarette est devenue ainsi pour les femmes l’emblème de leur libération. Le cinéma n’a eu qu’à prendre le relais et les ventes de tabac ont explosé et ont contribué à vaincre la crise.

C’est ici que j’en viens au film « cinquante nuances de Grey ». Je l’avoue tout de suite : je n’ai pas vu ce film. Si je me permets néanmoins d’en faire la critique, c’est que dans ma grande naïveté quand j’ai vu l’affiche, j’ai pensé à quelque film ambitieux où l’image aurait joué sur toutes les variations du gris tandis que le scénario aurait brodé sur une histoire où la balance des sentiments aurait été travaillée avec subtilité et beaucoup de délicatesse.

Eh bien, il ne s’agit de rien de tout cela. L’article de Télérama le dit dès son chapeau : c’est un film « adapté du fameux roman sodo-maso de E.L. James » (un inconnu pour moi) mais il est « loin d’être aussi provocateur qu’on l’aurait espéré ». Renseignement pris : le roman a fait fureur auprès du public féminin. Car (enfin !!) c’est un roman pornographique adapté à ce public (c’est ce que suggère l’idée qu’il n’est pas aussi provocateur, non qu’on l’aurait espéré, mais que le sont les films visant un public masculin). L’industrie se devait de le porter au cinéma car s’il existe une littérature pornographique, c’est surtout l’image qui est le véhicule de cette industrie et sa source de profit. Le public visé est celui des femmes sous la forme dans le film d’une jeune étudiante nommée Anastasia. Elle est initiée au plaisir sado masochiste, fonds de commerce de l’industrie, avec force « jouets » qui sont eux-aussi des produits dont elle fait commerce.

La jeune Anastasia est invitée à « lâcher prise » (L’affiche d’ailleurs reprend ce slogan). Avec elle, c’est toutes les femmes qui y sont invitées car ce lâcher prise devrait pour l’industrie être aussi celui de l’ouverture des portes monnaies féminins. L’invitation est pressante et appuyée. Cela ne fait que commencer.

Je crains que dans peu de temps une femme qui n’aurait pas « lâché prise » en s’adonnant à quelque plaisir sado maso sera vue comme une qui se permettrait aujourd’hui de ne pas « être Charlie »

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4 réflexions sur “Cinquante nuances de Grey

  1. Pingback: God is gay ! | lemoine001

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