Comment on tue l’artisanat

images1Nous devions changer notre porte de garage. Elle fermait mal et difficilement. Je cherche donc dans l’annuaire un artisan de la ville qui ferait cela. Le premier et d’ailleurs le seul qui se présente est tout près : ETS PERIER et FILS. Il travaille avec les plus grandes marques de serrurerie (Fisher et Anker).

J’appelle, il me dit qu’il envoie son technicien pour prendre les mesures. Nous fixons un rendez-vous. Je suis un peu étonné par la difficulté du technicien pour trouver l’adresse. Il connait mal la ville. Mais je ne cherche pas plus à comprendre. Il finit par trouver, prend les mesures et me fait un devis : cher, très cher même. Mais, bon, la qualité ça se paie ! Je verse des arrhes.

La porte doit être posée d’ici la fin du mois (de décembre) au plus tard la première semaine de janvier. Les fêtes passent, puis la première semaine de janvier. Je rappelle, c’est la même personne qui répond. Ils n’auraient pas mon adresse ! Je redonne cette adresse. Mais finalement, il semblerait qu’il y ait eu un problème lors de la fabrication de la porte. Elle n’est pas prête. Elle le sera pour la semaine suivante.

Tout cela parait confus ! Je commence à m’intéresser aux ETS PERIER et FILS. Je vois que leur adresse correspond à un bureau d’achat et de vente de métaux précieux ! Une  officine d’usurier, si ce n’est un organisme de blanchiment de capitaux ou de recel ? Le siège social est à Deuil la Barre. Je regarde sur google street : rien qui ressemble à un siège social. Tous les autres établissements sont également fictifs. Ils correspondent à des hôtels, des cinémas, des cafés etc. Ils ont tous le même numéro de téléphone. C’est celui qui est supposé être à Deuil la Barre. Mais l’annuaire pour ce même site donne un numéro surtaxé qui serait celui d’une conciergerie d’entreprise. En l’occurrence, dans le cas d’espèce, c’est celui d’un routeur qui renvoie les appels sur le numéro indiqué ailleurs dont je ne sais pas en final où il aboutit. Je commence donc à avoir de gros doutes. Les arrhes ont été encaissées. Je ne sais pas à qui j’ai affaire.

Mes recherches me font découvrir que le nom ETS PERIER et FILS est une dénomination commerciale. La société s’appelle en fait ATOUT DEPANNAGES. Elle s’occupe de  » travaux de menuiserie métallique et serrurerie ». C’est une société par actions simplifiée au capital de 200 euros. Son dirigeant a quatre sociétés toutes montées de la même façon : conciergerie d’entreprise, adresses fictives, capital inexistant. Lui-même n’a pas d’adresse. Son nom laisse supposer qu’il peut être aussi bien israélien que français, peut-être les deux.

Une semaine s’est encore écoulée. Je rappelle mon interlocuteur. Il dit s’appeler monsieur Philippe. Il refuse de donner son nom de famille. Je lui demande de me passer le dirigeant. Il refuse d’abord, j’insiste, je me fâche. Il finit par me donner un numéro de portable. J’appelle et c’est lui qui répond. Il se paie clairement ma tête. Je le menace de porter plainte. Il finit par me dire qu’il y a eu un problème, l’explication est confuse mais il en ressort qu’il faut reprendre les mesures. Il me renvoie son technicien : M. Hamed.

Ce nommé Hamed arrive enfin. Il me raconte que tout vient du fait qu’il a eu un accident de travail. Il est tombé d’une échelle et c’est un miracle qu’il soit encore en vie. Il a eu un mois d’arrêt maladie. Je ne crois rien de tout cela et je le laisse reprendre les mesures. Je remarque que son véhicule, une camionnette hors d’âge, ne porte aucune enseigne, aucun signe distinctif.

Il se passe encore une semaine : toujours rien ! M. Philippe me dit que c’est normal, la porte est en fabrication. Je lui dis que je vais porter plainte contre lui et son patron pour abus de confiance. Je vais voir à l’adresse du bureau d’achat et vente de métaux précieux. Il est fermé. A la brasserie à côté, on me dit qu’il est fermé depuis un mois et demi pour travaux. Il y avait là des boîtes aux lettres. Il n’en reste qu’une à l’extérieur qui correspond à une société de restauration rapide.

Je me rends à la police pour signaler l’affaire. Ils me disent qu’il faut porter plainte car cela a tout l’air d’une escroquerie. Nous commençons à rédiger la plainte jusqu’à ce qu’ils se ravisent et me disent que cela relève plutôt du civil. Il faut s’adresser au tribunal d’instance. C’est bien ce que je pensais, c’est pourquoi je parlais de signalement et non de plainte.

Je rappelle monsieur Philippe pour lui dire que je me suis rendu au commissariat, que j’ai fait un dépôt de plainte et qu’il a intérêt à réagir rapidement s’il ne veut pas d’ennuis. Dans le même temps, je me dis qu’il serait étrange qu’une société créée en 2013 qui a une vingtaine d’adresses sur la région parisienne et autant sur 52 sièges en province puisse être montée pour escroquer les gens du montant des arrhes sur des affaires de portes et de serrures. On ne peut tout de même pas escroquer tout le monde, sur toute la France, sur plusieurs années. C’est trop.

Je harcèle monsieur Philippe. Il me dit que la fabrication de la porte est faite. Il reste à la transporter. Il refuse de me dire d’où elle vient. C’est « dans le sud » mais il ne sait pas où. Il ne s’occupe pas de cette partie-là de l’affaire. Je ne sais vraiment pas quoi penser de ce micmac ! Il m’assure, me jure, met sa tête à couper : la porte sera posée le jeudi suivant, soit le jeudi de cette semaine.

Le jeudi je l’appelle. Il me dit qu’il envoie une équipe pour démonter l’ancienne porte. La nouvelle  sera livrée aussitôt. Je lui dis qu’il est hors de question de démonter quoi que ce soit tant que je n’aurais pas vu cette porte. Je  veux me garder la possibilité de la refuser quitte à avoir des difficultés à me faire rembourser les arrhes.

images2L’équipe de démontage arrive. C’est M. Hamed. Il me dit qu’il est d’accord avec moi. L’usine s’est déjà trompée une fois dans les cottes, il veut vérifier avant de faire quoi que ce soit. La porte arrive. Elle est aux bonnes mesures et semble de bonne qualité. J’assiste au montage. Je ne lâche pas l’équipe une seconde. Je vois rapidement, qu’ils sont compétents et expérimentés, qu’ils ont les outils qu’il faut. Tout se passe bien.

Hamed me parle politique. Il me dit qu’il va voter pour Macron. Je lui oppose la loi Macron : travail le dimanche, travail précaire, à la tâche. C’est justement ce qu’il veut. En fait, je comprends que c’est sa situation. Il est soit artisan, soit autoentrepreneur, peut-être salarié à la tâche. Je comprends qu’il rencontre M. Philippe dans leurs bureaux à St Ouen (adresse qui ne figure nulle part mais qui est en fait la seule non fictive).

Toute l’affaire se résume finalement à cela : une société a des bureaux fictifs dans tout le pays. Elle se présente sous une dénomination qui la fait passer pour un artisan local, pour une affaire familiale. Elle occupe tout l’espace sur internet et paie très cher pour cela (selon M. Hamed). Cela lui permet de capter l’ensemble de toutes les commandes. Elle a ainsi le pouvoir. Elle est à la fois patron et client unique de ceux qui travaillent pour elle. Ils auraient pu être artisans, ils ne le sont pas ou ne le sont plus. Ils sont tenus par cette société qui les fait travailler si elle veut et quand elle veut. Ils n’ont aucune prise sur elle d’où leur incapacité à expliquer les problèmes rencontrés. La société capteuse fait travailler également le fournisseur (le fabriquant des portes) et en obtient vraisemblablement les prix les plus avantageux. Ce qui est ainsi organisé c’est la mort de l’artisanat local et familial qui repose sur la renommée et la clientèle constituée. L’artisanat se fait prendre sa clientèle et se trouve captif de celui qui l’accapare. C’est d’ailleurs ce que me disait dans son discours politique M. Hamed : l’artisanat, c’est fini. Rien ne sert de le regretter selon lui. Il faut s’adapter et c’est ce qu’il a fait. C’est ce que font tous les autres quitte à couvrir les cafouillages de leur donneur d’ordre comme cela s’est produit pour ma commande.

Cela pourrait être risible, c’est en fait très grave : ce à quoi nous assistons ici, semble-t-il, c’est à un retour au capitalisme du 19ème siècle dans le cadre du capitalisme financiarisé ! Il faut lire à ce sujet « L’institution du travail. Droit et salariat dans l’histoire » de Claude Didry. Ce sociologue et historien rappelle que le capitalisme du 19ème siècle ne connaissait pas le salariat mais le « louage d’ouvrage » (d’où vient le terme « ouvrier ») autrement appelé le travail à façon.   Dans ce cadre très peu réglementé, qui était par exemple celui des canuts lyonnais, les ouvriers sont considérés  comme un groupe   hétérogène, libre de travailler pour qui bon lui semble, et d’embaucher pour cela des subalternes (notamment des membres de la famille des ouvriers). L’ouvrier marchande son  ouvrage. L’exemple donné par E. Zola dans Germinal est celui de la figure du haveur, immortalisée par le Maheu qui emploie sa famille et éventuellement d’autres personnes (en l’occurrence E. Lantier) et qui prend l’ouvrage à travers la mise aux enchères des veines de charbon par la compagnie. On retrouve le même rapport dans des usines où le chef d’atelier (le « tâcheron ») est désigné comme l’employeur des ouvriers par le propriétaire des installations, en vue de décharger ce dernier de toute responsabilité en matière de contrôle des embauches et des conditions de travail. Ce « marchandage » qui fait échec aux lois sociales est condamné, surtout par des acteurs du mouvement ouvrier, des socialistes, des républicains, des catholiques sociaux, car il engendre une exploitation entre ouvriers mêmes, le travail des enfants et des femmes dans des conditions inadaptées, un brouillage de la lutte des classes… Il faudra attendre 1892 pour qu’une loi remette explicitement en cause ce phénomène. Il est progressivement remplacé par le salariat.

L’institution progressive du salariat est ainsi une conquête du mouvement ouvrier et non la caractéristique première du capitalisme. Le salariat lie le travailleur et son employeur par un contrat qui fixe les conditions du travail : son paiement, sa durée,  sa mise en œuvre par les moyens fournis par l’employeur. Dans le cadre du salariat, le travailleur a des droits qui vont toujours croissants pendant tout le 20ème siècle et l’employeur des responsabilités qu’il ne peut pas déléguer. Ces droits et ces responsabilités  sont remis en cause par les nouvelles formes de travail auxquelles on assiste qui ne sont rien d’autre qu’un retour à la situation du 19ème siècle.

 

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God is gay !

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J’ai photographié ce graffiti vu près de chez moi car il me parait symptomatique de l’offensive idéologique actuellement adressée à la jeunesse. Il se trouve à deux pas du lycée, il est l’œuvre vraisemblablement de lycéens et témoigne admirablement d’une triple voire quadruple aliénation.                                                                                                                                                                                                                        1) il est rédigé en anglais, comme le « rape me » qu’on voit à côté, bien que ce qu’il dit pourrait tout aussi bien  s’exprimer en français. Seulement la pression de la langue de l’empire est telle que ceux qui y recourent ont l’illusion de faire la nique à cette chose désuète et vulgaire que serait le français. Malheureusement  en utilisant cette langue du commerce et de la publicité, ce qu’ils bafouent c’est leur culture, c’est l’instrument de leur liberté et de leur indépendance. J’avais déjà dénoncé ce réflexe servile sous le masque de la rébellion dans les articles consacrés aux fresques murales vues à Redon, j’y renvoie le lecteur.

Ce graffiti témoigne aussi d’un goût pour l’imitation. Il répète un slogan ou les paroles d’une chanson du groupe Punk Nirvana. Il aurait valu au chanteur du groupe, alors adolescent, quelques ennuis avec la police de sa ville parce qu’il en couvrait les murs. Ce chanteur, Kurt Cobain, est moins connu pour son talent que pour son penchant pour l’autodestruction qui l’a finalement conduit au suicide (en 1994). Longtemps après sa mort il semble encore fasciner de nombreux jeunes en proie à des idées morbides et au mépris de soi. La même tendance pouvait en effet se voir dans les fresques que j’ai photographiées à Redon et n’est sans doute pas qu’une posture mais semble la marque d’un profond désarroi. Ce que manifeste ce slogan est réitéré et même hurlé par le tag « rape me » c’est-à-dire « violez-moi » qu’on peut craindre n’être pas du tout une plaisanterie mais l’expression d’un sentiment d’indignité masochiste comparable à celle du pêcheur face à son dieu.

 2) En effet, le graffiti « god is gay » témoigne  clairement de l’offensive du religieux. Il ne dit pas que l’homosexualité est une chose naturelle tout autant que l’hétérosexualité, qu’elle est normale pour autant qu’il y ait lieu ici d’invoquer une norme c’est-à-dire la conformité à un principe ou un idéal. L’affirmation que dieu est homosexuel réussit à bafouer  la conception traditionnelle de la religion tout en se pliant à ce qui en fait le fond : la projection dans un au-delà, sur un sujet transcendant de ce qui devrait être l’attribut de la personne humaine : sa capacité à choisir librement sa vie, à déployer toutes ses potentialités. Cela n’atteint pas plus son but que la transgression de celui qui met sa casquette à l’envers, c’est encore une fois une fausse rébellion ! La religion la plus traditionnelle fait bien plus fort. Son dieu n’y apparait que flanqué d’un double inversé : le diable. Il n’y a pas pour elle de dieu sans démon (1). Elle le maintient en dépit de tout comme le montre la présence dans chaque évêché d’un prête exorciste. Elle n’a pas attendu Nietzsche pour oser la transvaluation de toutes ses valeurs. Elle en fait même le piment de ce qui agite la vie intérieure du croyant. Sans enfer et sans diable, pourquoi prierait-il ? de quoi voudrait-il être sauvé ? Il vivrait dans une douce quiétude ! (voir le commentaire ajouté à l’article « religion et sport de combat« )

3) Enfin, pourquoi cette promotion de l’homosexualité ? C’est ici qu’est le plus remarquable dans cette offensive idéologique. Si l’homosexualité est naturelle, si elle n’est rien d’autre que l’acceptation d’un penchant, pourquoi vouloir la présenter comme une transgression ? L’homosexuel n’est pas plus ni moins émancipé qu’un autre et dans les sociétés avancées ses droits, quoi qu’il en dise, ne sont pas plus contestés que ceux du fumeur (peut-être moins d’ailleurs parfois). J’ai dit longuement tout ce que je pensais de tout cela et de ses présupposés idéologiques dans mes articles consacrés au « genre ». Particulièrement ceux qui vont de mai à juin 2014. J’y renvoie le lecteur.

Non, il ne s’agit pas de défendre les droits d’une minorité discriminée mais de tout autre chose. Il s’agit d’égarer la jeunesse !

A quoi sert désorienter la jeunesse  ? Pourquoi en rajouter dans l’anarchie ambiante ? — Mais c’est simple : il faut occuper la jeunesse, l’inviter à user ses forces, les dévier, l’opposer aux autres classes d’âge, en faire une cible commerciale et publicitaire particulière. Il s’agit, plus généralement, d’utiliser les questions sociétales pour diviser les peuples et dissocier couches moyennes urbaines et couches populaires. Voilà des décennies que de multiples efforts sont faits dans le monde entier pour cela, avec toujours plus d’insistance.

En France, dans les années 60 après la guerre d’Algérie, la jeunesse bouillonnait. On lui propose le yéyé : Cloclo, Sheyla et Johny (décrété idole des jeunes !). On contribuait ainsi à l’écrasement de la culture populaire pour faire place aux produits venus des usa dans le sillage du plan Marshall. Dans le même temps on proposait à la jeunesse une libération de pacotille : dans la tenue vestimentaire, la coiffure, le vocabulaire, la façon de danser…. bref là où elle n’avait nul besoin !

Après mai 68, il faut faire plus fort : on ouvre en grand les vannes de la drogue. Droguez-vous, partez élever des chèvres ou soyez révolutionnaires. Quelle merveille que ces jeunes révolutionnaires qui luttent contre les stalinos/collabos et autres révisionnistes ou bureaucrates. Le modèle c’est Che Guevara. Il a eu la bonne idée de vouloir créer deux ou trois Vietnam pendant que la totalité des communistes dans le monde se battaient pour la paix ! S’il avait réussi, il aurait permis le sursaut patriotique des USA mais il est mort juste à temps pour être canonisé. Et ces gauchistes sont tellement intelligents ! (Ils l’ont d’ailleurs prouvé comme le montre mon article du 12 novembre 2015 « la voie de passage du gauchisme au néo-conservatisme »). C’est beau aussi ces jeunes qui partent pour Katmandou comme leur en ont donné l’exemple les Beatles et les autres chanteurs à la mode. La drogue, c’est la créativité. Aujourd’hui on en est à parler de légalisation, on a créé un fléau, eh bien ! on va en faire une source de profits !

Et tout cela continue de plus belle car la crise du capitalisme exige un redoublement des efforts !  Seul le thème principal a changé. Il vient s’ajouter aux autres. On lutte à présent pour les droits des homosexuels, victimes de l’hétérosexualité obligatoire et du phallocentrisme. Il faut que la jeunesse s’investisse dans cette lutte d’une importance primordiale. Autrement, elle pourrait bien se préoccuper de ses conditions d’étude, de son accès au logement et à l’emploi etc. Et cela réussit au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer : il n’existe quasiment plus d’organisations de jeunesse capables de se faire entendre. Ainsi, j’ai vu il y a quelque temps que les fenêtres de ce qui était auparavant le local de l’UNEF à Nanterre sont aujourd’hui celles d’un local utilisé par une association LGBT ! Le genre est aussi la grande affaire de sciences po et à Paris 8 (voir mon article « Mœurs attaque« ). Le féminisme est mort quand il regarde en dessous du nombril, quand il se réduit, comme je le voyais récemment, à la promotion de la masturbation ! ( et va même jusqu’à démarcher pour l’industrie du sexe en vantant et en proposant des sextoys !  voir ici). A ses débuts outil d’émancipation (2), le féminisme s’est transformé en instrument de division (3).

Ces associations LGBT croient lutter contre les idées les plus rétrogrades. Elles ne font que diffuser une idéologie de division venue USA (d’où l’usage du globish !). Ceux de « la manif pour tous » leurs donnent efficacement la réplique en restant dans le même cadre mental : normes contre normes (variantes du classique dieu contre diable). Mais la vision réductrice de la société est la même :  réduction à l’individu, ses affiliations à la famille ou la communauté, leur « culture ». Le genre efface la classe. Sauf que la lutte des genres ne menace pas le capital. C’est une lutte sans fin et qui introduit la division là on aurait tant besoin d’unité  !  (4)

1 – c’est une chose singulière à méditer :  ce qui ruine les religions ce n’est la perte de la croyance en dieu mais la perte, beaucoup plus fréquente, de la croyance au diable. Beaucoup croient en dieu ou du moins n’en sont pas encore à ne pas croire mais refusent de croire au diable. Cette croyance-là leur parait ridicule. Leur croyance en dieu sera tiède, tranquille et comme de confort. Ils pratiqueront peu et sans zèle et ne seront jamais des radicaux.

Les programmes de déradicalisation devraient porter là-dessus : rendre ridicule la croyance au diable : car qui sera pressé de rejoindre le paradis s’il ne craint pas d’échouer en enfer. Ce qu’on est assuré de recevoir pourquoi voudrait-on  souffrir pour l’avoir ! Les jihadistes suicidaires sont souvent d’anciens voyous: ils veulent troquer leur billet pour l’enfer (qu’ils pensent mériter !) contre un billet pour le paradis !

2 – lire : Les féministes de la CGT Histoire du magazine Antoinette (1955-1989) Paris, Editions Delga 2011

3 – il remarquable que les vastes manifestations, qui ont fait suite aux USA à l’élection de Trump et visaient essentiellement son sexisme, ne trouvent aucun équivalent pour dénoncer l’industrie du sexe qui est une plus des plus ignobles et des plus florissantes !

4 – la seule voie pour en finir avec la domination mondiale du capital (dite « mondialisation ») est d’unir les couches populaires et leur élite les ingénieurs, techniciens et couches moyennes travaillant des les secteurs de pointe. Voir la série de mes articles intitulés « qu’est-ce que la mondialisation ?« 

 

 

 

 

 

 

 

Religion et sport de combat

image 8Quand je prends les transports en commun, je vois souvent des gens penchés un livre complètement usé tant ils l’ont lu et relu. Ils en ont marqué toutes les pages et le savent sans doute par cœur. D’autres lisent en marmonnant. On voit leurs lèvres bouger. Leurs yeux, et parfois leurs doigts, suivent un texte dans un tout petit livre qu’ils récitent sans jamais reprendre leur souffle. Dans la rue aussi ils m’arrivent de croiser des passants dont les doigts égrainent les boules d’un chapelet.

Tous ces gens se livrent à leurs exercices de dévotions comme le font les moines dans leurs abbayes. La vie monacale consiste à répéter, jour après jour, toujours les mêmes cérémonies où se disent toujours les mêmes paroles, où se lit toujours le même texte, où se chantent toujours les mêmes chants : à le faire jour et nuit, le matin pour les mâtines, le midi pour la messe, dans l’après-midi pour les vêpres et la nuit pour l’office de nuit. Les moines et les nonnes dorment très peu, se nourrissent très frugalement. Affamés et abrutis par le manque de sommeil, répétant avec une parfaite monotonie toujours les mêmes rites, ils parviennent à un état de demi vie où ils oublient jusqu’à leur corps.

Ces pratiques ne sont pas réservées aux religions monothéistes. Le bouddhisme et l’indouisme connaissent la répétition des mantras. L’adepte répète la journée entière la même phrase ou le même son, souvent en sanscrit (une langue qu’il ne connaît pas). Il s’exerce à suspendre sa pensée, à vider son mental de tout affect, de tout fantasme pour le laisser vide et net comme un jardin zen. Les maîtres zen posent aussi aux disciples des questions absurdes appelées des Kôans. Le disciple doit les méditer jour et nuit dans le but chimérique de leur donner une réponse. Il reste assis en tailleur dans un état de stupeur se demandant par exemple quel est le son d’une seule main qui applaudit. Chaque fois qu’il propose une réponse, le maître la repousse toujours très tranquillement, qu’elle soit rationnelle ou folle. Ce n’est que lorsque le disciple a dépassé l’abrutissement jusqu’à rester ébahi devant le vide de son esprit que le maître le délivre de ce supplice pour lui en proposer un autre. On trouve aussi dans le bouddhisme de véritables athlètes de la méditation qui sont capables de rester des jours entiers, parfois des semaines et des mois, face à un mur, les yeux mi-clos et l’esprit vide, concentrés sur la maîtrise de leur souffle. On dit qu’ils sont des sages.

image 9Dans le soufisme la pratique consiste à tourner comme une toupie jusqu’à la perte de conscience. L’adepte s’affale alors sur le sol dans une sorte de béatitude idiote et nauséeuse dont il faut le sortir. Les groupes évangélistes arrivent aussi à un état d’ivresse collective en se soulant de chants et de rythmes. Tous ces exercices ont en commun de suspendre toute pensée dans le but d’atteindre un état de conscience que personne ne peut décrire. En fait, ils font ce que fait toute religion : empêcher de penser. Car la religion, tous ces exemples le prouvent, ça sert à s’interdire de penser. Ne pas penser, surtout ne pas penser voilà l’unique but de la religion. Je dis l’unique but car c’est celui qu’elle atteint, ceux qu’elle proclame sont illusoires et sont le masque de cet unique but : ne plus penser.

Mais quand je prends les transports, je croise encore d’autres sortes de gens. Ceux-là ont des casques sur la tête. Ils gênent leurs voisins par le martèlement lancinant et sourd qui sort de leur casque. Ils regardent autour d’eux sans rien voir et quand leur machine s’arrête, leurs doigts s’agitent sur un écran pour sélectionner de nouvelles chansons et s’en remplir le cerveau. Ceux-là aussi s’empêchent de penser mais ils le font non par le vide mais par la saturation. Ils le font de façon artisanale et sans finesse. Ils ont le crâne plein de sons violents sur des rythmes de machines. Ils écoutent des paroles que, le plus souvent, ils ne comprennent pas. Parfois même ils sont si pris dans leur univers qu’ils se mettent eux-mêmes à tenter de répéter ce qu’ils entendent. Avec des voix fausses ils braillent soudain des semblants de chants.

Ne pas penser, surtout ne pas penser, c’est le but que l’humanité souffrante poursuit depuis la nuit des temps. Mais il est des questions qui reviennent pourtant sans cesse : d’où vient ma vie ? Où va-t-elle ? Quelles sont les causes de mes tourments ? Et là les religions ont un avantage certain sur les baladeurs MP3 car elles fournissent des réponses toutes faites à ces inévitables questions : des réponses faciles à retenir et qui dispensent le croyant de chercher plus loin, qui lui interdisent même de chercher plus loin. Sur les réponses qu’il reçoit le croyant ne s’autorise aucune question et il en est fier car ces réponses ont toujours été les mêmes ; elles ont toujours été acceptées de génération en génération ; elles seront toujours les mêmes et sont là écrites dans son livre. Les croyants se répètent inlassablement leurs vieux mythes, les discutent gravement dans le but impossible d’y trouver des règles de conduite. Ces mythes relatent pourtant d’anciens génocides. Ils parlent de sacrifices sanglants, de lapidations et de supplices barbares. La crainte du croyant, c’est de perdre sa foi, c’est-à-dire la confiance béate qui le tient tranquille. Alors il se refuse toute pensée de crainte qu’elle puisse le mener au doute. Son obsession est toujours la même : surtout ne pas penser. Le croyant a encore un avantage sur l’écouteur de musique sur MP3, c’est qu’au fond de lui il sait qu’il s’empêche de penser, que son but est de ne pas penser pour ne pas souffrir, alors que l’autre croit se faire plaisir, l’autre se croit moderne et ouvert sur le monde ; il écoute des musiques qui viennent de partout, alors que son esprit n’est nulle part.

Le philosophe Alain disait que les cultes religieux avaient pour fonction d’apprendre aux gens à se réunir pendant une heure sans se disputer. Cela n’est sans doute pas faux mais l’explication parait un peu courte. C’est vrai qu’il suffit parfois qu’il y ait dans une assemblée deux ou trois personnes aux nerfs à « fleur de peau » pour que la tension monte rapidement. Encore faut-il qu’il y ait une occasion : quelque chose à partager, un débat en cours, des questions de préséance ou d’amour propre. A la messe et dans les cultes en général, rien de cela n’est en cause. L’assistance est invitée à ne pas penser, il n’y a donc aucun risque qu’elle ait à débattre.

Observons une messe, voyons ce qui s’y passe. Des gens sont sagement rangés sur de petites chaises tandis qu’un officiant leur fait face. L’officiant leur dit de s’asseoir, et ils s’assoient ; il leur dit de se lever et ils se lèvent. Il leur demande de chanter : ils chantent. De répéter ses paroles : ils les répètent ; de les approuver : en chœur, ils disent « amen » c’est-à-dire « ainsi soit-il » ce qui n’est rien d’autre que les « tout-à-fait » et les « exactement» qu’un employé avisé fait entendre quand son patron parle (surtout s’il dit des âneries !).

Voilà des gens qui chantent, qui s’assoient ou se lèvent au commandement. Mais ils font bien mieux : l’officiant leur présente un peu de pain azyme et leur dit le plus sérieusement du monde que, par sa magie, ce pain est un corps, que le vin qu’il boit est du sang. Et tous ces gens à qui on le la fait pas, à qui je vous défie de vendre comme un pâté de sanglier une mixture de ragondin, ces gens que même leur garagiste ne peut pas rouler, ces gens à la méfiance aiguisée écoutent cela avec le plus grand respect, puis viennent humblement recevoir leur part. Et ils font, et ils écoutent bien des choses plus extraordinaires encore.

Que se passeimage 10-t-il donc ? Que leur a-t-on appris ? Si vous n’étiez pas vous-mêmes aveugles vous l’auriez dit avant même que je pose la question : ces gens ont appris à obéir. Le culte sert à apprendre à obéir. On y apprend à agir sur l’ordre de quelqu’un d’autre, à agir guidé par quelqu’un d’autre. Mais cela ne s’arrête pas là. Observez cette position si particulière que l’officiant demande aux assistants. Ils se mettent à genoux, la tête baissée et les mains jointes. Dans cette position vous êtes à la merci de celui qui vous fait face. Vous ne pouvez parer aucun coup. Vous êtes à la merci d’une attaque.

Ce qu’on fait à l’office est donc clair : on y apprend à obéir à quelqu’un qui vous met dans une position de faiblesse. Les religions étendent cette obéissance à tous les actes de la vie. C’est le seul sens véritable des superstitions alimentaires et des jeûnes (ramadan, carême) qu’elles imposent à leurs adeptes, comme des règles par lesquelles elles veulent limiter, quand ce n’est pas interdire, la vie sexuelle. Ainsi que le feraient des barbons acariâtres, les religions se mêlent aussi des tenues vestimentaires, de la pousse des barbes ou des cheveux et autres bagatelles absurdes dont aurait souci, selon elles, un être supérieur tout amour, béatitude et miséricorde !

Allez maintenant au culte orthodoxe : vous verrez une assistance face à deux ou trois popes qui chantent sans arrêt une mélopée monotone comme celle qui charme les serpents. Cet air lancinant engourdit les esprits mais les assistants s’agitent. A chaque reprise, ils se signent en se choquant le front, les épaules et le sternum de coups vifs. Ils le font sans arrêt, tous ensembles, comme s’ils étaient mus par une force invisible. Ceux-là ne font pas qu’obéir, ils apprennent qu’ils ne sont pas la source de leurs actions. Il en va ainsi plus ou moins dans toutes les religions. Chez les musulmans les choses sont claires : ils sont les « soumis » ; c’est le sens même du mot musulman. Ils se prosternent jusqu’au sol, tournés vers ce qui était à l’origine le centre du pouvoir impérial imposé par le fondateur. Ici l’obéissance ne se soucie même pas de cacher son sens politique !

image 11Observez maintenant le pratiquant d’un sport de combat : il est debout, les épaules droites, le regard vif et alerte, les jambes fléchies et les poings serrés, prêt à porter des coups. Celui-là ne va pas obéir, mais se défendre ; il n’est pas en position de faiblesse mais d’attaque ; il n’est pas humble mais se fait respecter. Le sport de combat est donc l’antithèse de la religion : son exact contraire. C’est une activité révolutionnaire du seul fait qu’elle apprend à s’affirmer, à ne pas plier, à ne pas obéir aveuglément.

Il ne vous reste plus qu’à choisir ce que vous voulez être.