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Les jours heureux

image 1Les jours heureux : il s’agit du titre d’un film documentaire de Gilles Perret sorti sur les écrans mercredi dernier, mais il s’agit aussi et surtout du titre donné au programme du CNR, c’est-à-dire au programme de la résistance française unifiée.

Le film retrace l’histoire de ce programme. Son scénario décrit une courbe qui monte d’abord et retombe. Il invite le spectateur à refermer cette courbe pour reprendre le mouvement ascensionnel et l’accomplir.

Premier mouvement : Jean Moulin ancien préfet déchu par Vichy a entrepris de faire l’inventaire des groupes de résistance en zone sud. Ce travail effectué il a rejoint le général de Gaulle à Londres. Jusqu’à  ce moment de la guerre, de Gaulle, qui avait lancé un appel à le rejoindre, n’avait pas conscience de l’ampleur des mouvements de résistance qui s’étaient organisés. Il a tout de suite compris qu’il devait les unifier et qu’il était le seul à avoir une visibilité internationale. Sa position le lui permettait et son premier atout était qu’il était en mesure de fournir armes et financements. Jean Moulin retourne en France, cette fois pour faire l’inventaire des mouvements en zone nord et pour convaincre l’ensemble des mouvements d’accepter l’autorité du général de Gaulle. Cela ne s’est pas fait sans difficulté.

Le deuxième mouvement c’est la négociation du programme du CNR. Les mouvements de résistance ne pouvaient accepter la direction du général de Gaulle que si ses objectifs étaient clairs. Sur quel programme allait se faire l’unification ? Voilà toute la question. L’ensemble des mouvements de résistance se classaient à gauche et même, selon les critères actuels, à la gauche de la gauche. Il y avait bien dans les rangs des résistants quelques individualités issues de la droite et même de l’extrême droite d’avant-guerre (des maurassiens en particulier) mais ils étaient très minoritaires et avaient beaucoup évolué sous l’influence de leurs camarades résistants.  La grande masse des résistants était issue des rangs de la classe ouvrière. Le parti communiste était la force la plus nombreuse et la plus active. Il était représenté sur le plan militaire par les FTP et sur le plan politique par le Front National. Le parti communiste n’a accepté de se rallier à de Gaulle que sur la base d’un programme qu’il a âprement discuté.

La première partie du film retrace toute cette histoire de façon vivante par la voix d’anciens résistants comme Léon Landini des FTP MOI et Raymond Aubrac pour Libération Sud. C’est une histoire de souffrance, de violence et de courage. Une histoire d’hommes et de femmes sans visage (sinon pour certains quelques vieilles photos). Il ne reste rien des cinquante-deux camarades de Léon Landini, tous morts sous la torture et dont aucun n’a parlé.

image 2Discuter d’un programme dans ces conditions aurait pu paraître superflu. C’était en fait essentiel. Tous les résistants étaient d’accord là-dessus. Ils ne se battaient par pour eux-mêmes, ils n’acceptaient de mourir que conduits par la certitude que leur victoire permettrait l’avènement d’un monde pacifié et enfin libre. Ils étaient utopistes, mais peut-on mourir pour autre chose qu’un projet qui nous dépasse.

La deuxième partie du film partie retrace les discussions qui ont abouti à la signature du programme du CNR. La première et la seule réunion plénière s’est tenue en novembre 1943 au prix de risques insensés. Les discussions se sont ensuite déroulées par l’intermédiaire de cinq délégués. Certains groupes s’opposaient à ce que les partis politiques soient représentés mais c’était compromettre la validité de l’accord final. L’accord s’est fait sous l’égide du général de Gaulle pour inclure les partis politiques non compromis dans la collaboration et les organisations syndicales CGT et CFTC. Le premier projet d’accord était d’orientation socialiste. Le Parti Communiste s’y est fortement opposé. Il voulait un accord qui rompe nettement avec les politiques d’avant-guerre même s’il ne constituait pas une rupture avec le capitalisme. Après d’âpres négociations, l’accord s’est fait le 15 mars 1944 sur un programme dont tout un chacun peut facilement trouver le texte complet sur internet.

Il comportait les points suivants : « le retour à la Nations des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques », « le droit au travail et le droit au repos », « un plan complet de sécurité sociale », « la sécurité de l’emploi », la « retraite » pour tous, et une instruction égalitaire « afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises » « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances de l’argent et des influences étrangères ».

image 3Ce programme n’est pas resté lettre morte puisqu’il a permis les mesures suivantes : La réforme de la fonction publique et la création de l’Ecole nationale d’administration (1945), la nationalisation des usines Renault et de 4 grandes banques (1945), la loi de nationalisation du gaz et de l’électricité (1946), la nationalisation des combustibles minéraux (1946), la nationalisation des Charbonnages de France (1946), la création des comités d’entreprises (1945), la création de la sécurité sociale (1945), la création du SMIG (1950), la nationalisation de 34 compagnies d’assurances (1946), la création de l’assurance-chômage (1958), la création du minimum vieillesse (1959), la nationalisation des 9 plus grands groupes industriels et de 36 banques (1982).

Mais il suffit d’énumérer toutes ces mesures pour se rendre compte que tout ce que ce programme a permis est aujourd’hui défait et que ce qui en reste est attaqué. Le patronat n’a pas attendu les déclarations de son représentant Denis Kessler pour en vouloir la destruction. Toute la fin du film alerte sur ce démontage. Les séquences finales sont des interviews des principaux leaders politiques actuels. Elle met en évidence toute leur ignorance, leur mauvaise foi, leurs intentions réactionnaires. C’est en creux un véritable appel à se réveiller, à rappeler qu’il n’est pas acceptable que ce qui était possible dans la France des années quarante, dans une France dévastée et ruinée, ne soit plus possible dans la France du vingt et unième siècle qui est un  pays prospère dont les travailleurs sont parmi les plus productifs au monde.

Car ce film, qu’il faut absolument aller voir, n’est pas un film d’histoire. Il lance une campagne qui doit se développer dans les prochains mois pour revenir au programme du CNR dans son esprit et dans l’essentiel de sa lettre.

Les critiques discutent sur la qualité cinématographique de l’œuvre. Quelle pauvreté d’esprit. Le film est bon d’ailleurs quoiqu’en disent certains mais ce n’est vraiment pas le problème. La question c’est : allons trahir les aspirations de ceux qui se sont sacrifiés pour la patrie et pour le progrès social ou allons-nous, dans des conditions bien moins difficiles, reprendre le flambeau et exiger la réactualisation du programme du CNR et son application ?

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