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Manoeuvres factieuses ?

image 2Voilà comment Laurence Parisot alors à la tête du MEDEF avait présenté sa « solution » à la crise : « La solution existe. Elle est audacieuse. Elle s’appelle États unis d’Europe, fédéralisme européen, délégation de souveraineté. Elle offrirait enfin aux Européens un projet, une ambition, une fierté. Mais elle nous oblige à changer nos habitudes, à conférer une responsabilité politique plus grande aux institutions européennes, à considérer d’emblée à leur échelle européenne les questions sociales, et pas seulement budgétaires et fiscales. Il faut vouloir avancer vers un territoire reconfiguré, vers une nouvelle patrie, vers l’an I d’une véritable pratique de notre histoire fédérale. »

La dernière phrase est importante car elle dit clairement de quoi il s’agit concrètement : « un territoire reconfiguré » c’est-à-dire l’effacement des Etats Nations, ce que confirme l’expression « une nouvelle patrie ».

Or que nous disent les représentants des « bonnets rouges » qui s’agitent autour de la question de l’écotaxe. Ecoutons ce que disait hier soir au journal de 22 heures de France Culture Christian Troadec, maire divers gauche de Carhaix dans le Finistère, porte-parole du collectif « vivre, décider et travailler en Bretagne »image 1

L’interviewer : « Votre combat c’est un peu la Bretagne contre Paris » :

Christian Troadec : « il y a un peu de cela parce qu’il y a également des demandes spécifiques qui sont faites par la Bretagne qui ne sont pas reconnues. Je pense tout particulièrement à la décentralisation. Je crois qu’aujourd’hui chacun reconnait que ce qu’il faut pour que ça fonctionne bien en Europe, c’est quand même l’Europe des régions où il y a des initiatives, où on libère des énergies, où on crée, où il y a de l’innovation, où on imagine et surtout où on crée de la richesse. Je crois que la France aujourd’hui est basée sur un vieux modèle de la royauté d’abord, et puis après dans les années 1800 par Napoléon ; c’est le système Napoléonien. Ce système aujourd’hui est obsolète et à bout de souffle »

L’interviewer : « Donc vous êtes sur un combat très régionaliste en fait ».

Christian Troadec : « Nous sommes régionalistes évidemment, comme l’est aujourd’hui  toute l’Europe. La France est le dernier État aussi centralisé. Et je pense qu’une partie de nos problèmes vient aussi de cela. Je crois qu’il faut qu’on regarde une gestion beaucoup plus proche des citoyens qui ne viendra que si les citoyens se réconcilient avec la politique parce que les citoyens verront que les actions sont concrètes et qu’elles répondent à leurs aspirations.

Quand on  demande de libérer les énergies, c’est aussi donner à la Bretagne le droit à l’expérimentation. Cela n’empêche pas de vivre dans un cadre plus large qui est celui de la République et aussi au niveau de l’Union Européenne. Aujourd’hui les temps ont changé. Les derniers à s’en rendre compte sont ceux qui sont au gouvernement aujourd’hui à Paris ».

C’est très clair, il me semble : il s’agit bien du programme de régionalisation du Medef (l’Europe des régions). Il est symptomatique que M. Troadec passe sous silence le rôle de la Révolution dans la création de nos institutions républicaines. Il passe de la royauté à l’empire en ignorant la période révolutionnaire. Il ne mentionne ensuite la République que comme un « cadre » c’est-à-dire comme un élément passif et purement formel. L’idée d’une république sociale lui est  complètement étrangère. Sa république est morte, c’est là aussi le programme du MEDEF dont il faut rappeler qu’il a été exprimé ainsi par Denis Kessler : « Il s’agit de défaire méthodiquement le programme du CNR » c’est-à-dire qu’il faut revenir sur tous les acquis sociaux de la période d’après guerre, il faut détruire ce qui peut rester de la république sociale pour laquelle les résistants s’étaient mobilisés. Voilà le programme !

image 3Tirer un trait sur la notion d’égalité républicaine. Soumettre la nation française à la marchandisation la plus totale des territoires : une intégration encore accrue dans l’Union Européenne comme instrument du capital et du patronat. Cet acte trois du projet de décentralisation et de régionalisation commence par la création d’Euro-métropoles appelées pudiquement « métropoles d’intérêt européen » qui viennent supplanter les conseils généraux. Avec l’idée avancée dans la région lyonnaise (région pilote) par Gérard Coulon à la tête de la métropole: « il y a concurrence entre les territoires comme il y a concurrence entre les entreprises. Il nous faudrait une métropole qui aille de Saint-Étienne au nord Isère, capable de concurrencer Barcelone et Munich ; une agglomération qui prenne les compétences du département et de la commune ». En clair les communes feront ce que les communautés leur diront comme la succursale fait ce que lui dicte la maison mère. La compétence ne sera plus montante (déléguée) mais descendante. L’agglomération prendra toutes les compétences des communes à l’exception de l’état civil et du social (le compassionnel). L’urbanisme, l’économie, la voirie, qui donnent des marchés au privé, passeraient aux agglomérations. L’agglomération serait dirigée par un président et organisée de manière à renforcer le bipartisme

En parallèle à cela, nous avons eu la tentative de régionalisation avec le référendum en Alsace. Il s’agissait de l’intégration administrative de cette portion du territoire national à un espace transnational rhénan qui aurait été mis en concurrence avec d’autres régions européennes. Un droit plus spécifique s’y serait appliqué, notamment en matière de droit du travail et de droits sociaux, droits qui sont déjà mis en concurrence au niveau des États par le biais de la « construction » européenne. Tout processus démocratique, dans le sens du renforcement, par les luttes sociales et leur confirmation dans la loi, du pouvoir des classes populaires, serait devenu définitivement impraticable.  L’Alsace serait devenue une région européenne autonome dans une configuration fédéraliste. Ses choix économiques auraient été complètement contraints par le poids économique de ses puissants voisins, c’est-à-dire par les classes dominantes allemandes et américaines sur lesquelles les forces populaires n’auraient aucun moyen de peser.

N’est-ce pas la même stratégie qui se déploie aujourd’hui en Bretagne avec des méthodes de plus en plus ouvertement factieuses ?

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