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Comprendre la mondialisation : 3

image 3Mondialisation d’un mode de vie « libertaire » : l’idéologie libérale ne craint nullement les discours critiques à la façon de Stiglitz ou Rawls. Elle les revendique au contraire et les fait siens pour les retourner contre ses adversaires. Mais surtout l’idéologie libérale ne débat pas avec ceux qui s’opposent à elle. Elle noie toute pensée sous le déferlement des images. Il faut, pour prendre conscience de cela, se tourner vers le passé, vers l’époque de la « réclame ». On voit alors a contrario que nous sommes, chaque jour de notre vie, à chaque instant, submergés par l’industrie de la publicité, c’est-à-dire sous un flot de sollicitations qui nous enferment dans un monde d’objets de consommation toujours à renouveler et qui esthétisent le parasitisme social[1]. Ce phénomène a un effet destructeur sur l’image même que se fait de lui-même le sujet moderne. Il accompagne idéologiquement le libéralisme dans le sens où il invite à libérer les passions et les pulsions (alors que, dans la conception classique, il faut pratiquer le contrôle et la maitrise des passions)[2]. L’idéologie du « genre » est une des formes les plus actives et les plus sournoises des nouvelles sollicitations. Sous le prétexte de lutte contre les discriminations et les préjugés, elle promeut une égalité de façade qui cache la destruction des bases les plus anciennes des sociétés : la famille et la filiation. Elle fait la promotion d’une société faite de monades indépendantes dont la seule identité serait l’appartenance à des communautés floues fondées sur le choix d’un mode de vie et plus spécifiquement même d’une sexualité.

 Avec la publicité et la proposition de modes de vie « alternatifs », il s’agit aussi bien-sûr très prosaïquement pour les groupes industriels de passer outre à une surproduction chronique. De cette façon se fait aussi et constamment la promotion d’une espèce de social-démocratie libertaire et d’un mode de vie superficiel qui se généralise, se mondialise effectivement, en détruisant les modes de vie et de sociabilité traditionnels. Ce phénomène fait sa propre apologie et essaie de se faire passer pour être le fait même de la  » mondialisation ».

image 1Guerre idéologique : Quand le discours « libertaire » ne suffit pas, l’idéologie libérale disqualifie ses adversaires en usant et abusant du thème du « totalitarisme ». Elle désigne ainsi toutes les pensées qu’elle présente comme violant les principes des Droits de l’Homme, c’est-à-dire toutes les pensées susceptibles, selon elle, de motiver la mise en place d’un contrôle policier généralisé du fait qu’elles embrasseraient la totalité de la vie. Ces pensées, dont la plus dangereuse serait le marxisme, légitimeraient directement ou potentiellement un système caractérisé par son monolithisme, par la toute-puissance d’un Etat-Parti, par le contrôle absolu sur une société atomisée et tétanisée par la terreur, société dont l’exemple le plus achevé serait donné par l’Union Soviétique et maintenant par la Corée du Nord. Selon le radicalisme de ses tenants, le libéralisme antitotalitaire peut aller jusqu’à mettre en cause la rationalité des Lumières (avec en France A. Glucksmann se réclamant d’Adorno et Horkheimer) ; il s’appuie aussi sur la tradition du libéralisme politique français qui va de Tocqueville à Raymond Aron. Ce dernier courant est représenté par François Furet, Marcel Gauchet, Pierre Rosanvallon. Il a une version postmoderniste, représentée par Jean Baudrillard, Jean-François Lyotard, qui trouve son inspiration dans le pragmatisme et plus généralement dans les philosophies anglo-saxonnes.

Une nouvelle forme de disqualification des critiques est apparue ces dernières années avec le thème du « populisme ». Sous cette appellation injurieuse sont attaquées pêle-mêle et assimilées l’une à l’autre les critiques progressistes et leur récupération par l’extrême droite, sans qu’à aucun moment le sens du mot de populisme soit explicité. Cette accusation de « populisme » se décline en « souverainisme » et en « complotisme ». Il s’agit dans le premier cas de faire obstacle à l’idée de souveraineté populaire comme base de la démocratie et dans le second d’interdire des interrogations souvent légitimes et d’autant plus légitimes qu’apparait l’ampleur des moyens d’espionnage et de manipulation déployés par les Etats.

Ainsi, l’idéologie libérale est multiforme, mouvante et agressive. Elle adapte son discours de telle façon que la critique s’épuiserait à vouloir la discuter mais cela révèle aussi sa faiblesse.

Faiblesse de l’idéologie néo-libérale : Ce qui permet la souplesse de l’idéologie néolibérale est aussi ce qui fait sa faiblesse : elle se dispense de prendre en compte la réalité de la puissance des monopoles et peut ainsi se prononcer sur une démocratisation des sociétés sans en analyser les bases et la possibilité. Elle peut ainsi préconiser une démocratie économique ou même croire que le « marché » en est la réalisation immédiate, sans avoir à faire l’histoire de la prise de contrôle des sociétés par les monopoles généralisés et de ses conséquences.

La réalité de la puissance des monopoles : l’idéologie néolibérale ignore la première caractéristique du mode de production actuel que souligne Samir Amin : la généralisation des monopoles.  Avant de proposer l’alternative d’une démocratie économique, il faut pourtant bien prendre la mesure de ce qu’a produit et continue de produire la deuxième mondialisation : on constate que les monopoles généralisés dominent l’économie mondiale. Selon Samir Amin : « le capitalisme contemporain est un capitalisme de monopoles généralisés. […] les monopoles constituent désormais non plus des îles (fussent-elles importantes) dans un océan de firmes qui ne le sont pas  (et qui de ce fait sont encore relativement autonomes) mais [c’est] un système intégré […] : de ce fait, ces monopoles contrôlent désormais étroitement l’ensemble de tous les systèmes productifs ». Cela signifie que les petites et moyennes entreprises des pays du centre (USA, Europe, Japon), comme les entreprises des pays périphériques, ne sont plus que formellement ou juridiquement indépendantes. Elles sont mises en concurrence et contraintes d’innover pour se développer ou se maintenir, mais elles le font désormais au bénéfice des oligopoles qui s’accaparent les surplus qu’elles génèrent. Elles sont constamment amenées à augmenter leur productivité, mais la concurrence à laquelle elles sont soumises les oblige à céder leur production, à des prix toujours plus serrés, aux groupes dont elles deviennent les sous-traitants ou aux monopoles commerciaux dont elles dépendent. Elles sont ainsi spoliées des survaleurs qu’elles créent.

image 2Un système d’exploitation généralisé : C’est mis en place de cette façon un système généralisé de ponction d’une rente prélevée sur les valeurs produites partout dans le monde. Les entreprises de la périphérie se trouvent sous la coupe des monopoles internationaux des pays du centre, les petites et moyennes entreprises des pays du centre doivent s’adapter à cette concurrence ou disparaitre. Une situation de dumping généralisé augmente partout la productivité au profit des grandes entreprises et des banques monopolistiques. Les économistes théorisent cela sous le thème de la « compétitivité ». Les pays du centre sont ceux de la triade États-Unis, Europe (occidentale et centrale), Japon. Ils dominent la totalité de la production de valeur dans le monde. Leurs monopoles contrôlent les systèmes productifs du capitalisme mondial qui fonctionne à leur profit. L’essentiel du commerce mondial se fait à l’intérieur de ces monopoles et leur système de filiales et sous-traitants, c’est un commerce captif. Les opérateurs sur « les marchés » ne sont rien d’autre que ces monopoles. Ce phénomène accroit toujours plus la concentration du capital, mais aussi celle des revenus et des fortunes. Il soumet la gestion des firmes les plus petites aux exigences de celles qui dominent. La confrontation entre tous les agents économiques est une guerre économique, selon ceux-là mêmes qui s’en font les avocats. Elle n’est en rien une concurrence « libre et non faussée » et elle est encore moins « démocratique ». C’est une concurrence bien réelle mais qui s’exerce entre un nombre de plus en plus restreint d’oligopoles.

Le déséquilibre toujours plus accentué dans la répartition des richesses se traduit par une accumulation toujours plus grande du capital. Une fraction croissante de la richesse mondiale se trouve aux mains d’un tout petit nombre et, ne trouvant pas à s’investir productivement, se voue à des spéculations toujours plus effrénées qui brassent des valeurs fictives. On oppose souvent à cela le rôle accru des caisses de retraites et autres fonds de pension qui dissémineraient au contraire la propriété. Mais outre que ces fonds sont gérés selon la même logique que les fonds privés, ils échappent à leurs détenteurs et jouent plutôt le rôle de forces d’appoints pour les groupes financiers. Ils sont une force d’appoint du capital et lient le sort des salariés à celui des spéculateurs et des banques monopolistiques.

Voilà donc la réalité de la mondialisation ! Quel est son avenir ? c’est ce que je vais développer dans un prochain article.


[1] Ce phénomène n’est pas étranger au paradoxal succès d’une philosophie comme le Nietzschéisme qui prône la violence, l’esclavage, l’inégalité, l’anti-humanisme,  l’anti-démocratisme et l’antiféminisme, et qui est ouvertement raciste et irrationaliste. (Voir à ce sujet : Domenico Losurdo « Nietzsche philosophe réactionnaire », Aymeric Monville « Misère du Nietzschéisme de gauche » ou Wolfgang Harich « Nietzsche et ses frères »)

Voir aussi le « retour à Sade » dénoncé par Dany-Robert Dufour : « le divin marché »

[2] Phénomène qu’accompagne les philosophies post-modernes des années soixante (Deleuze – Foucault)

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